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20.8.04


Ce n'est pas avec Mathurine que tout a commencé, mais c'est avec elle que nous allons commencer ce blog personnel et familial...
Posted by Hello

12.9.03

Le réel (suite) 

Merci Iegor Gran.
Citation : "J’ai le regret de vous annoncer que l’autofiction n’est plus "tendance". C’est Lire, le magazine de la littérature conformiste, qui nous l’apprend dans sa dernière livraison. Apparemment, personne chez eux ne s’est rendu compte que l’hyperréalisme façon 11 septembre et l’autofiction sont les cornes d’un même animal obtus, le réalisme quotidien individualiste (comme on a eu un réalisme socialiste).
Ce réalisme a l’immense mérite d’être simple à fabriquer (encore plus simple que le réalisme socialiste). On remplace son regard par la chose regardée. "Oh! un flipper!" s’écrie l’écrivain réaliste, tout estomaqué de découvrir un flipper dans un bar, et il nous sert une description minutieuse de ce rare phénomène. "Oh! une agence de voyages!" et le voilà qui recopie scrupuleusement la longue liste de voyages proposés. "Oh! un gros attentat à la télévision!" et dans sa fulgurance il se dit que les victimes n’ont rien vu venir… C’est inépuisable et ludique. Le monde est rempli de merveilles littéraires qui ne demandent qu’à être cueillies. Petit veinard d’écrivain réaliste! Il n’est jamais en manque d’inspiration. "Oh! Je bande!"
Matérialiste jusqu’à l’insignifiance, nombriliste et fier de l’être comme les plus débiles performances de l’art contemporain, le réalisme quotidien individualiste passe son temps à flatter le lecteur en calibrant son univers littéraire tantôt sur le night-club du coin, tantôt sur l’actualité (télévisuelle de préférence).
J’y reviendrai à ce réalisme-là, je ne le laisserai pas tranquille. C’est une question d’instinct de survie. Il me déteste, je le déteste. S’il pouvait me tuer, il le ferait. Déjà, on [Frédéric Beigbeder dans Windows on the world, ndlr] met en exergue cette citation de Tom Wolfe, le garde-chiourme: "Un romancier qui n’écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l’époque où nous vivons." Papa Jdanov [troisième secrétaire du Parti communiste d’URSS, qui veilla au respect de la ligne définie par le Parti dans le domaine des lettres, ndlr] n’aurait pas mieux formulé. Quant à Papa Staline, l’espiègle, n’a-t-il pas lancé dès 1932 son "Ecrivez le réel", mot d’ordre repris plus tard dans les statuts de l’Union des écrivains soviétiques: "On exige une représentation de la réalité qui soit vraie et historiquement concrète." On a la littérature qu’on mérite."
Iegor Gran, "Tintin au pays du réalisme individualiste" (Journal de la semaine), Libération, 6 septembre 2003, cité par Périphéries.

2.9.03

Albert, le fil à la patte 

"Pis j’bondis alors ! Y’a une boule jaune qui m’fonce d’ssus dans les jambes en gueulant ! Un p’tit roquet jaune, qui m’hurle après, qu’aboie féroce et tout c’bâton d’merde ! Qu’il aurait tout voulu bouffer, moi et mes deux sacs ! Qu’le volume, ça lui f’sait pas peur au roquet ! M’montrait ses p’tits chicots pointus. Le sourire ravageur. C’est Albert, qu’elle m’dit mémé d’loin. Ferme la porte qu’il s’sauve pas. L’a l’même prénom qu’ton grand-père, parce qu’l’a l’même caractère !" (p. 21).
Je ne sais pas d'où m'est venue l'idée de doter Ferdinand d'un chien. D'ailleurs, il en hérite, plus qu'il ne le choisit et je pense que l'Albert est plutôt apparu pour atténuer la dureté de Mémé que pour être le confident de Ferdinand. Albert est plus le miroir tendre et abordable de la grand-mère que le confident silencieux de Ferdinand. "Même mémé finalement. Elle était bien gentille, mais j’la connaissais pas. J’avais d’l’affection mais ça pouvait pas bien aller jusqu’à la tendresse. J’la reportais sur l’Albert ma tendresse. J’le faisais monter sur mon lit l’soir. Il v’nait s’blottir alors. J’étais p’t’êt’ un grand nigaud, mais j’le trouvais tout d’même vachement hostile avec moi c’monde nouveau où j’avais débarqué. Heureus’ment que j’trouvais la ville jolie. Qu’y’avait mémé et l’Albert. Même c’te patate de Frédo. Pis Saint-Jean et ses ruelles toutes pavées, toutes fraîches, toutes charmantes. Ces toits et la lumière..." (p. 91). C’est sûr l’Albert que, souvent, Ferdinand déporte son affection : "Il a fait tout un tour, doucement, sans aboyer l’Albert. S’blottir dans mes bras" (p. 348).
Mais comme Mémé, Albert est aussi l'incarnation de l'autorité, du jugement social, de la culpabilité familiale. C'est un surmoi à quatre pattes. Un Jiminy Criquet en puissance. "Il m’regardait bizarrement l’Albert maintenant. Il d’vait s’demander à quelle sauce j’allais l’bouffer. Il s’demandait si ça allait reprendre les prom’nades et les bons moments, ou si il allait s’retrouver à nouveau enfermé des journées entières dans une petite pièce. A crever d’faim et à s’coucher dans ses excréments. Il s’demandait, bien inquiet, bien soupçonneux d’la réponse" (p. 350).
Quand Ferdinand délaisse sa grand-mère, c’est le regard de l’Albert, qui lui rappelle sa culpabilité. "L’Albert qui f’sait encore semblant d’gratter à la porte avant d’aller chier dans un coin. J’préférais m’renfiler sous les draps pour pas voir" (p. 287). Comme sa grand-mère, l’Albert devient rapidement le boulet de son passé, un fil à la patte, qu’il traîne avant de devenir l’insupportable reflet de sa propre solitude, de sa propre déchéance. Pas étonnant alors que l’Albert devienne vite le motif de mensonges : "J’avais été obligé d’gruger mémé. L’avait fallu que j’sorte l’Albert. J’avais expliqué qu’j’allais faire une grande promenade, qu’elle m’attende pas" (p. 219) ; le responsable unique de la chute de Mémé dans les escaliers : "J’lui ai mis la laisse, et j’allais partir, quand, en ouvrant la porte, l’autre pressé, il m’échappe, et l’v’là-t-y-pas qui dévale les escaliers quatre à quatre le cabot ! Que j’lui cours après, pour l’rattraper. Que j’imaginais déjà les engueulades de mémé si j’le rattrapais pas ! Que j’le voyais déjà la tête sous un bus. Et l’drame !" (p. 251).
L'Albert a également longtemps un rôle primordial parce qu'il est le compagnon de virée, d'aventure. Il est celui qui est présent quand le reste du monde n'est pas là. Il est l'acolyte, le double taiseux, le "jumeau stellaire" : "Quand j’arrive avec l’Albert, c’est les grands cris. Toutes les filles s’précipitent vers moi pour voir l’chien. Me d’mandent c’que c’est comme race, quel âge il a, pourquoi j’l’ai amené, comment il s’appelle" (p. 221) ; "Avec l’Albert, j’tape un succès alors. Tout l’monde vient voir la bête. Tout l’monde vient y coller ses mains d’ssus, lui donner une caresse, un susucre" (p. 222) ; "Avec l’Albert, on s’est vite accommodés d’l’absence de mémé. On s’est débrouillés. J’ai fait la tambouille. On s’est installés, tranquille. On a squatté l’lit d’la vioque. L’Albert et ma pomme" (p. 258). Double si fusionnel, que c’est avec ce prénom que Ferdinand parle de son sexe (p. 318-328).
Pas étonnant alors que le chien disparaisse quand Ferdinand fait d'autres rencontres. Pas étonnant que la nécessité de sa disparition se cristallise au début du second tome. A deux reprises d’ailleurs, comme en écho, Ferdinand raconte comment il perd l’Albert. Ces deux disparitions ("J’suis parti dans tous les sens en l’app’lant c’corniaud" p.88 ; "L’pire, c’est qu’seulement arrivé à la passerelle Saint-Goerges que j’me suis souv’nu du chien…" p. 233 ; presque trois si on compte la fuite de l’Albert juste avant la chute de mémé, p. 251), si similaires, ne sont-elles pas surtout la marque des mensonges de Ferdinand, la trace que le menteur se perd lui-même dans ses histoires ?… Au cœur des affabulations, Albert devient de plus en plus un personnage prétexte, qui apparaît et disparaît au gré de l’humeur du narrateur. Albert devient à la fois le reflet du doute qui saisit le lecteur et l'incarnation de la culpabilité refoulée de Ferdinand : "Y’en a même qui chuchotaient que j’l’avais poussée dans l’escalier les affreux ! Y’en a même qui disaient ça. Qu’j’avais dressé l’chien contre elle" (p.283). Véritable clé de la construction paranoïaque de Ferdinand, Albert devient le témoin gênant, la preuve évidente du mensonge, celui qu’il faut faire disparaître. Ce qui sera fait, dès le début du tome suivant :
"Avec tout ça, sûr, l’Albert dans les pattes c’était pas très commode. Ça vite été rapid’ment pénible même. J’sais bien qu’c’était tout c’qui m’restait d’mon passé. Mon seul héritage en somme. Mais c’était d’un sacré poids, l’Albert. J’étais d’moins en moins là, et j’pouvais pas toujours m’le traîner dans les pattes. C’est qu’des fois, avec tout c’boulot, toutes ces soirées et tout et tout, j’rentrais pas d’quelques jours ! J’retrouvais qu’merde et pisse partout chez moi. La moquette, j’vous raconte pas : une vraie apocalypse ! À s’demander comment il en sortait autant d’ce corniaud là.
J’me rendais bien compte, que si il m’rendait bien service quand y’avait mémé, maintenant qu’elle était plus là, l’Albert il m’chauffait les oreilles. Avant, j’pouvais l’sortir l’soir, ça m’donnait une excuse pour aller fumer une cloppe. Maint’nant, des excuses j’en avais plus trop b’soin. Même pour rentrer à la niche, j’avais pas envie d’en avoir. Vrai, il m’avait été bien utile l’Albert, mais là, là, maintenant, c’était plus possible quoi. C’est vrai quoi, c’est chiant les clebs, une vrai plaie à la tranquillité. Pis j’avais d’autres choses à faire que d’faire pisser mirza, merde ! Pis j’en avais pas d’mandé moi, d’l’Albert ! J’avais jamais voulu d’chien. Pis j’aime pas les animaux. J’ai jamais aimé les animaux. Pis lui, avec sa gueule de vieux corniaud, de vieux steak sur patte, non. Top naze !

J’dois reconnaître qu’j’ai quand même bien honte de c’que j’ai fait. C’était pas une mauvaise bête, mais là, là, j’ai pas été correct-correct. Faut voir pourtant qu’il m’gênait c’chien, on peut pas gêner plus. C’est pas que j’sois un mauvais bougre non plus, mais bon, comme mémé elle avait passé d’l’autre côté... Bon, enfin, l’Albert, j’lai perdu. J’ai pris, le 104 pour Charbonnières, pis j’l’ai emmené prom’ner. Une grande grande prom’nade. La plus grande qui soit. Qu’il avait pas l’habitude l’Albert. Un truc que même moi ça m’a fatigué tellement on est allé loin. Pis, avec ces p’tites pattes l’animal, il a faibli. L’a fallu l’temps, sûr, mais il a fini par faiblir. Moi, j’continuais. Mais lui, lui, il a fini par avoir du mal. Il aboyait. Il courrait d’vant. S’arrêtait. Tirait la langue. S’couchait en soufflant. On voyait bien qu’il cherchait à m’montrer qu’il en pouvait plus. Moi, j’étais encore plus crevé qu’lui, mais j’ai continué. J’flanchais pas. J’savais c’que j’voulais. Il courrait, il courrait pour m’rattraper, mais il avait beau courir, il pouvait plus. Trop crevé. Moi aussi, mais moi j’savais pourquoi continuer. Alors, j’sais pas c’qui s’est passé. P’t’êt’e qu’au bout d’un moment il s’est rapp’lé les tannées que j’lui foutais, p’t’êt’e qu’au bout d’un moment, il a compris c’que j’attendais d’lui. J’l’ai juste entendu aboyer une dernière fois derrière. J’me suis pas arrêté. J’ai continué. Un bon moment. Un sacré bon moment même. Pis alors, quand j’ai fini par m’retourner. Il f’sait nuit quasi. Quand j’ai fini par m’retourner, bah, il était plus là. Perdu qu’il s’était, perdu… J’ai pris un bus. Sans l’chien. J’suis rentré. J’me disais qu’il allait trouver quelqu’un l’Albert. Enfin un bon maître. Quelqu’un qui allait s’occuper d’lui et tout et tout. Qu’il s’rait heureux. Qu’il méritait c’te patate. Que moi, j’pouvais plus l’garder sûr. Que c’était pas possible. Que d’m’occuper d’moi déjà, ça m’causait suffisamment d’difficultés. Alors un chien, vous comprenez ! Non, c’était mieux comme ça, c’est sûr. Pis ma façon, j’trouvais ça assez correct en somme. Assez franc du collier. J’l’avais pas attaché à un arbre, enfermé dans une cave ou même j’té au Rhône. J’en connais d’autres qui se s’raient pas gênés, sûr. C’était correct ma façon. J’lui avais même laissé sa chance à c’corniaud. Il aurait pu m’crever. C’est qu’une trotte pareille, j’en avais jamais fait ! Toute la journée ça avait duré, toute la journée ! Pire qu’les balades avec Yolande ! Deux cents fois pire ! C’est qu’il s’était évertué à s’accrocher c’maudit clebs de merde ! Ça avait pas été d’la tarte d’le larguer ! Ça, vraiment pas même, vraiment pas. Il avait tout fait pour s’accrocher, pour m’rejoindre. Ah, ça avait pas été facile. Sûr, j’étais crevé, mais bon, j’étais débarrassé d’un sacré poids sur la conscience. Sans compter les économies ! plus d’croquettes ! Plus rien ! C’était toujours ça d’pris. C’est qu’mémé, elle m’offrait plus l’gîte ni l’couvert. Qu’il fallait que j’me débrouille maintenant. Ma chambrette, mon indépendance, elle me coûtait assez chère comme ça. Si au moins j’gagnais assez pour. Mais les fins d’mois étaient douloureuses. C’est qu’le loyer, l’électricité, tout ça, fallait l’payer. On pouvait pas faire semblant. Ou alors pas longtemps. C’était du boulot. J’pouvais pas perdre mon temps à faire mumuse à la baballe, kapiche ! J’pouvais pas. Ça m’fendait l’coeur, mais j’avais pas l’choix en fait. La vie, c’est pas pour les femm’lettes."
(tome 2, à paraître).

25.8.03

Ainay : le quartier fondateur 

On pourrait discourir longuement de savoir qui d'Ainay ou du Parc est le quartier le plus huppé de Lyon. Ainay, où débarque Ferdinand, est un quartier de Lyon très bourgeois, mais peu ostentatoire. Les façades sont souvent vieillies et les ferronneries des balcons ont moins de dorures que dans le 6e arrondissement, mais Ainay demeure un quartier très vieille France. On y trouve de nombreuses institutions privées comme l'université Catholique par exemple. Le quartier ressemble beaucoup à cette pesante Place des angoisses décrite par Jean Reverzy dont elle est d'ailleurs le prolongement naturel (la place Bellecour n'est que l'une des extrémités d'Ainay).

Ainay est un quartier calme, respectable, mais surtout vieux et vieilli d'où les plus jeunes semblent avoir disparu. Hormis la rue piétonne, les alentours semblent oubliés et par la circulation et par l'activité. C'était naturellement un bon endroit pour que Ferdinand prenne pied dans la vie car il permettait à la fois de donner, par association, une réelle respectabilité à sa grand-mère et de reléguer la ville au second plan. L'entrée de la ville dans la vie de Ferdinand, finalement, intervient plus tard, en découvrant Saint-Paul (p.42), le vieux Lyon (p. 78) et plus encore, en quittant Lyon pour Bron (p. 142) et en visitant l'étendue lyonnaise avec Yolande (p. 245).

Ainay est certainement l'un des quartiers les plus anciens de Lyon. Avant d'habiter les collines, les premiers "Lyonnais" se sont installés au confluent des fleuves. Le Kanabae romain, marais du confluent, est certainement, l'endroit fondateur de Lyon. Pas étonnant alors qu'il soit devenu le quartier originel de Ferdinand, celui où toute l'histoire s'enracine : "J'me penche, j'regarde. La grande rue Vaubecour qui s'allongeait jusqu'à la place à la fontaine en d'ssous. La place... Oh merde, ça m'échappe d'un coup... Comment c'était mais c'te place ? Avec la p'tite fontaine et son p'tit manneken-pis... Un p'tit cupidon plutôt. La place Vollon c'était ! Ouais ! La place Vollon. Y'avait l'bus qui passait. L'44 à l'époque, un trolley. Y'avait pas trop d'autos. Même des gens, y'en avait pas des tonnes. C'était calme comme quartier. Un peu vieilli. D'en haut, j'voyais toute la rue. Et mémé là -bas qui filait, r'montant vers Perrache" (p. 24) ; "J'ai fait consciencieusement le tour du pâté d'maisons. Il était grand en fait, ça allait jusqu'à d'vant l'abbaye d'Ainay. J'me suis arrêté. J'ai apprécié un peu" (p. 38). Ainay, c'est le quartier pilier où vivent à la fois sa grand-mère, les familles bienfaitrices des maristes (p. 175), le casino et la casinette, les Pérèche, etc.
"J'aimais bien aller traîner mes fins d'après-midi en bas, chez les Pérèche ou à la casinette. Surtout à la casinette, parc'que l'père Pérèche, j'le craignais un p'tit peu. J'm'installais vers la caisse. On discutait un peu. Enfin, j'écoutais surtout c'qui s'disait. Tout l'monde qui passait. Tout l'quartier. A la casinette, ça sentait l'frigo et l'éponge sale. On discutaillait du temps, d'l'actualité, des nouvelles du quartier. On baguenaudait. L'temps s'étirait tout en longueur à dire du rien. C'était bien" (p. 159).
Mais contrairement à la vision qu'en a la grand-mère de Ferdinand ("C'était un sacré cloaque finalement. Tout l'monde en prenait pour son grade. Avec l'oeil de mère-grand, l'quartier d'Ainay c'était plus l'siège du gotha lyonnais, c'était l'grand Kanabae", p. 61), de l'antique Kanabae romain et médiéval, lieu de perdition, il ne reste rien. Mémé et Ferdinand subliment le quartier pour le faire ressembler à un lieu de luxure et de perdition, dont ils seraient les derniers remparts. Une manière de se définir en contre, de s'opposer au reste, aux autres. "Eh bah la rue Vaubecour c'était pareil en fait ! Qu'des saloperies derrière l'ostentatoire prospérité. Y'avait beau avoir des nonnes au coin, des Eglises tout partout, des croix et des Saintes Vierges aux angles des immeubles. Ah ! ça c'était pour la vitrine, le touriste, le gogo ! D'puis mon promontoire, j'voyais tout. Rien n'm'échappait. Les saloperies, les saletés, l'fils qui pique dans l'porte-monnaie d'sa mère ou qui touche sa p'tite-soeur, la bonne qui pique dans l'argenterie ou qu'astique la mère, l'père qui cogne sa greluche. L'voisin qui s'glisse dans l'après-midi chez la voisine qui s'ennuie. Tout ! L'KGB en miniature. Tout l'monde s'épiait. Tout l'monde était au courant d'tout. D'la coqueluche de la fille à la branlette du dernier. Qu'on pouvait y assassiner personne sans qu'tout l'monde vous tombe sur l'rab'. Aucune intimité. Rien", p. 28. Ainay, c'est aussi la magie de la ville, la découverte de l'urbanité : "C'est chouette une rue vue d'en haut, les premières fois. La perspective. La hauteur. Les immeubles en face !", p. 24. Ainay, c'est aussi l'expérience des autres, et de leur dérangeante proximité : "Oh d'un coup c'te surprise alors ! J'me cache, minuscule, recroqu'ville. R'pousse les f'nêtres, cherche la ficelle du store, panique presque. C'coup d'frayeur. Pas l'habitude. C'est qu'juste en face quasi, y'a des gens, des dames qui papotent vautrées dans un beau salon. D'l'autre côté d'la rue. A portée d'main quoi !", p. 24. Bref, Ainay, c'est aussi tout Lyon en miniature, la vie qui déboulle dans les veines de Ferdinand, à la fois magique et à la fois perverse : "Tout ça, ça m'rappelle plus tard. Rue Lanterne. J'ai passé aussi pas mal de temps là-bas, à r'garder d'hors, par la f'nêtre. Plus p't'être même. Y'a pas à dire, ça m'a toujours plu d'glandouser en r'gardant les autres vivre, passer. Sans qu'y s'doutent de surcroît, c'qui d'vait p't'être contribuer aussi à c'plaisir d'p'tit voyeur qui m'tenait." (p. 26).

L'Ainay de Ferdinand est à la fois le quartier originel, fondateur, et à la fois le quartier dont il faut s'extraire, pesant, par essence : "Mémé, elle préférait aller à Saint-Georges qu'à Ainay qu'était trop bourgeois pour elle qu'elle disait. Pis qu'elle avait pas b'soin qu'tout l'quartier sache si elle était allée à la messe ou pas." (p. 88). C'est le quartier qui surveille, observe et juge, comme l'oeil de sa grand-mère. Ainay, c'est aussi la personnification du jugement moral et de la culpabilité. En s'enfuyant, Ferdinand quitte non seulement sa grand-mère, mais aussi ce quartier, qui, dans son délire, fini ligué contre lui : "J'les entendais là-bas derrière, tous qui gueulaient eux aussi, qu'en rajoutaient ! Ca leur plaisait la vindicte, tous ensemble. Ils se sentaient plus fort. Ils étaient bien d'accord avec mémé, ouais, qu'il fallaut plus que j'remette les pieds dans le coin, qu'ils me f'raient la peau, il hurlait le grand Noir, qu'ils me f'raient la peau si j'm'avisais de r'passer dans l'coin. Même le roquet il s'y était mis. Même c'faux cul d'Albert il m'aboyait après ! Au deuxième, il y avait la mère Pérèche en robe de chambre qui s'était mise à sa porte, j'l'ai juste entrevue la grosse dondon dans tout son falbala, qui m'regardait disparaître. Ah, ils s'étaient tous mis après moi, ah, pour tous j'étais dev'nu un vrai monstre, une vraie ignominie. Ca pleuvait les insultes de tous les étages. Y'a même un pot d'fleurs qui s'est écrasé en bas dans la cour. Moi, j'ai pas d'mandé mon reste devant tous ces enragés, j'ai pris mes jambes à mon cou et dare-dare plutôt ! Quoi qu'il en soit j'étais bien décidé, j'voulais plus les voir tous ces affreux. Tous plus immondes les uns qu'les autres ! Et la mémé qui devait triompher là-haut, au milieu d'tous ! A m'honnir d'toute sa hainie", p. 337.
Ainay, c'est enfin le quartier qui va garder la trace du crime de Ferdinand, la marque indélébile de sa culpabilité : "Quand j'suis arrivé chez mémé, j'ai vu tout d'suite de dehors, sur la façade, la marque de suie, la grande tache noire sur la façade. On voyait même que ça. Ce grand trou béant. J'en rev'nais pas d'un tel spectacle. Ca f'sait une grande tache dont l'centre était les f'nêtres à mémé. Ca avait dû tout roussir partout. C'était que noir. Tout brûlé", p. 347.

21.8.03

Dire le réel ou pas ? 

Affirmation péremptoire contre affirmation péremptoire, quand je vois que le sémillant FB dit exactement le contraire de ce que je disais précédemment, je me dis encore plus que je dois avoir raison : "Beigbeder se place dans le sillage de Tom Wolfe, qu'il cite: «Je pense qu'un romancier qui n'écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l'époque où nous vivons.»"
Chaque année, les auteurs à la mode doivent se dôter d'un nouvel engagement : après avoir été "nouveaux réacs", les voici "nouveaux" contemporains, avant d'être "nouveaux" autre chose ou "nouveaux" trucs. L'important c'est de faire croire en tout cas que leurs livres et ce qu'ils pensent est "nouveau". Fatiguant. En tout cas, visiblement, ce n'est pas en racontant le réel qu'on est écrivain. Sociologue peut-être, journaliste sûrement. Mais sans sublimation, il n'y a pas d'alchimie, non ?

20.8.03

Pourquoi n'y a-t-il pas de rire dans les livres ? 

C'est étrange comme les livres et les écrivains sont sérieux, se prennent au sérieux ? A lire tout de même quelques auteurs étrangers, je ne suis pas sûr que ce soit un mal franco-français, assis sur une "certaine" conception de la littérature. Non, au contraire. Le mal est plus général et plus diffus à la fois. Quelque soit le pays où l'on se trouve, le livre, c'est sérieux. Donner à lire, c'est un "engagement" à part entière. Non seulement, l'objet doit demeurer "précieux", mais son contenu doit également être le coeur de toutes les attentions. Il est rare qu'un auteur se laisse aller, ose (peut-être parce que, par définition, un auteur à un "surmoi" très développé)... Au contraire. La posture de l'auteur est première, fondatrice dans l'acte d'écrire. Qui vous dira "j'écris des conneries" ?
La véracité (pour ne pas dire la vérité) est, elle aussi, primordiale (même dans les livres qui n'en sont pas comme la science-fiction par exemple). Les histoires invraisemblables sont bien plus rares que les histoires vraisemblables. Et quand on raconte une histoire invraisemblable, quel auteur n'essaye pas de la rendre vraissemblable ? Pourtant, quelle objectivité avons-nous, nous, sur notre existence, sur notre propre histoire ? Pourquoi les personnages ou les narrateurs omniscients disent-ils le "Vrai" et uniquement le "Vrai" ? Pourquoi quand il y a plusieurs personnages, chacun dit-il sa vérité ? Pourquoi personne ne ment ?
C'est quelque chose que l'on trouve très rarement dans les livres, ça, le mensonge. A croire qu'il y a une moralité immanente au statut d'auteur. Même des personnages aussi immorale que l'Harry White de Selby par exemple, ont une moralité immanente. Non, définitivement, à bien regarder ma bibliothèque, je n'en trouve pas d'autre que mon Ferdinand.
A croire qu'il n'y a pas deux façons d'être pour un auteur : il faut être révérencieux face au livre, soumis à son contenu... Nul n'a le droit d'écrire des bêtises (où alors il n'en "est" pas, c'est-à-dire qu'on le range sur une autre table que celle des romans de la rentrée). Qu'importe la posture : l'auteur doit être tendu sur son oeuvre comme dans un string. Qu'importe si l'ironie et les jeux de mots prennent lieu et place de la férocité du rire. On ne peut pas rire des livres.

12.8.03

Ferdinand, ça va être gros comment ? 

Quand Ferdinand m'a trouvé, il y a de cela presque une dizaine d'année, l'histoire que j'imaginais se développait sur 4 tomes. Le premier (Le temps des espérances ), n'a pas vraiment subit de modification entre le moment où il a été pensé et celui où il a été publié. Il raconte comment Ferdinand découvre le monde (ses déboires multiples, sur tous les plans de l'existence, scolarité, travail, amis, amours, famille...) jusqu'à la mort de sa grand-mère qui entérine tout ses échecs. Le second (Délires et persécutions ), sur lequel je travaille actuellement, devrait suivre le plan pré-établit. Il montre comment Ferdinand, à force de déceptions, s'extrait petit à petit du monde jusqu'à devenir fou et commettre l'irréparable. Le troisième tome (Le cavalier de l'apocalypse )devait montrer Ferdinand se familiarisant enfin avec le monde extérieur et y réussissant enfin, à sa manière. Ce qui le conduira inévitablement en prison, c'est-à-dire, là où il est actuellement. J'avais enfin envisagé un quatrième tome, comme une annexe, revenant sur des événements antérieurs aux trois premiers, et permettant à Ferdinand de régler un compte définitif au concept même de famille.
Mais voilà, plus j'avance et plus je me demande si je saurais continuer au-delà du deuxième tome. Le troisième ne me paraît plus aussi nécessaire que je le pensais et Ferdinand peut finir ses jours en prisons et dans sa propre folie dès le second. Sans compter que pour un auteur, l'insuccès (souvent vécu comme un rejet) pèse son poids. On a plus vite envie de passer à autre chose. On se demande si son éditeur va vouloir suivre... Bref, vouloir faire une saga, dans ces temps où il est devenu impossible d'écrire plus de 50 pages sans désintéresser tout le monde, est difficile. En attendant que je termine le deuxième tome, la question en tout cas est ouverte.

PS. Les sous-titres des trois tomes de Ferdinand Bienvenue reprennent ceux de la trilogie biographique de Céline rédigée par François Gibault. Pour moi, c'était non seulement un clin d'oeil, mais c'était aussi un moyen d'ancrer Ferdinand dans la réalité. Donner à chaque tome le titre de la biographie de Céline, c'était un moyen de rendre "mon" Ferdinand plus réel.

8.8.03

L'arrivée du train en gare de La Ciotat 

La première page des Merveilleuses aventures de Ferdinand Bienvenue commence comme le film des frères Lumière. Quelque chose - comme une boule de lumière ? - semble vous débouler dessus avec force et fracas. Quelque chose dans lequel on est déjà pris, hapé, comme le renforce césures et exclamations. Ce n'est pas que le personnage qui fait ainsi son entrée fracassante, mais bien aussi l'histoire...
"D'arriver, ça, j'étais plutôt ahuri ! Pensez si c'est colossal Perrache, la gare, les TGV, tout c'monde, tout c'raffut du tonnerre, les criss'ments d'roues sur les rails, les haut-parleurs comme dans les films... Et puis ce soleil. Tout c'soleil qui traversait les toits. Et les pigeons qui volaient dans la gare ! Ca m'tourniboulait ça les pigeons qui volaient dans la gare. Y'avait que'qu'chose d'incongru à voir tous ces piafs là, tous ces fienteurs picorer l'ordure, éviter les pas pressés et brutaux d'la foule, comme si de rien n'était. Y'avait la foule aussi. Autant d'gens d'un coup ! Y'a qu'des poulets qu'j'avais vus en aussi grand nombre. Pis les Chinois à la télé. D'un coup, là, j'avais l'monde sous les yeux tout étalé. Que des gens que j'avais jamais vus. Toute une brochette. Un vrai barbecue d'gars aux têtes toutes plus dingues les unes que les autres. Une vraie galerie du Muséum, pire qu'une collecte d'insectes. J'avais beau l'avoir toujours eu sous les yeux l'monde, là, d'un coup, c'était la révélation. M'apparaissait. Tout en bouilles, bien affreuses, bien dégénées dans l'ensemble. C'est comme ça qu'ça a commencé. Si j'dois mettre un début à mon histoire, c'est là, sur l'quai d'la gare, là, moi, tout seul au milieu d'tout l'monde. On tombre pas du ventre de sa mère non. On naît face à la foule."
Tout de suite, Ferdinand se définit par rapport aux autres. Il n'existe que dans l'opposition, que comme le reflet du monde qu'il observe. Tout de suite on est plongé dans son monde, dans son univers, dans son rythme, dans son style, dans son vocabulaire (tournibouler et non pas tournebouler), dans son histoire. On est bien face à un conteur, face à une subjectivité, qui va vous raconter, à sa manière, sa vie, sa façon de voir le monde. Tout de suite, à défaut de sentir poindre le mensonge, perce cette façon bien à lui qu'il a de tout exagérer, de tout caricaturer, de tout transformer. Cet incipit à l'histoire est également une déclaration, une annonce, une promesse du narrateur au lecteur. Une promesse comme une promesse d'enfant qui jure ses grands dieux qu'il ne le refera plus ; une promesse comme une promesse d'accusé, qui jure de dire toute la vérité, rien que la vérité. Mais, Ferdinand, tout menteur qu'il est, en fera d'autres : "Moi, j'étais mais là, le premier, à la porte du train, ouverte, le train presque arrêté, presque sur l'quai, debout, sur les marches du marchepied, conquérant quasi, dans un rayon d'lumière [...]" (p. 10) ; "Ah, qu'j'étais heureux ! Bon Dieu qu'j'étais heureux ! C'est rare, pensez si j'm'en souviens ! [...]" (p. 23); "En tout cas, là, pendant une heure, j'étais au soleil, à la f'nêtre, j'regardais d'tous mes yeux [...]" (p.29) ; "Ah ça, l'premier jour, il avait été merveilleux ! [...]" (p. 41). Le livre en lui-même est une succession de recommencement, de nouveaux départs (on peut le dire aussi de chaque chapitre, p. 131 et. 255). Promesses, recommencements... Comme si Ferdinand allait se tenir à son histoire, à sa vérité. Rien qu'en l'affirmant pourtant, on comprend d'avance qu'il n'en sera rien. Et il aura beau faire tous les efforts possibles ("J'me rends compte déjà qu'j'dis plus la vérité.", p. 101), rien ne le remettra dans le droit chemin, car il ne sait voir le monde qu'avec la déformation qu'il lui imprime.

Lyon en littérature 

Juste pour dire que j'aimais beaucoup - même si je n'en partageais pas tous les choix - le tableau littéraire de Lyon que dressait le défunt Bernard Simeone intitulé "en finir avec la ville de silence vêtue" où il évoque beaucoup de mes écrivains lyonnais contemporains préférés : l'imprécateur Calaferte, le méticuleux diariste Charles Juliet, les méconnus Brigitte Giraud et Alain Turgeon. Ensuite parce qu'il évoque ce Lyon qui n'en finit pas de peser sur Lyon, le Lyon des brumes de Béraud, le Lyon secret et maladif de l'immense Reverzy et le lyon bourgeois évoqué par beaucoup d'autres comme Exbrayat, Jean Dufourt...
Comparativement, ce qui me plaisait aussi dans Ferdinand, à mon humble niveau, était de changer la donne. De montrer Lyon sous un autre jour. En prise avec son passé certes, mais plongé dans sa contemporanéité. La brume lyonnaise a disparu depuis des milliers d'années et la vie de la cité, telle qu'elle est aujourd'hui, est bien plus florissante que dans les appartements transformés en bureaux qui bordent Bellecour où le lycée du Parc.

PS : Au passage, gardons en signet cet intéressant "catalogue" - forcément incomplet - des écrivains lyonnais sur le site de l'Arald.

Ecrire la langue parlée...  

Ecrire comme l'on parle n'est pas une nouveauté. On pourrait presque dire qu'avant que le français ne soit codé, c'était le cas de tout écrit. Qu'on lise François Villon ou Rabelais - l'un utilisant plus l'argot que l'autre -, on semble un peu devant une langue mouvante, vivante, avec des accents qui semblent de la voix car on ne les entend plus de nos jours. Après la chape de plomb du classicisme, il faut attendre la fin du XIXe et le début du XXe pour que, par le biais de la figure de l'argot, la langue parlée réapparaisse. Ce sont peut-être d'abord les poètes qui réintroduisent ce qu'ils entendent dans l'écrit : Jehan Rictus ou Gaston Couté me semblent assez caractéristiques de cette renaissance. Mais parallèlement, c'est aussi l'époque où l'on rédige la "littérature orale" (contes et légendes, chansons, fables et proverbes), où s'écrivent les histoires "régionales", les contes d'autrefois, qui laissent une grande part au parlé local. A la suite d'Arnold Van Gennep, la "régionalité" va se doter de ses lettres de noblesses. Lyon n'échappe pas à la règle tant avec Mourguet, le fondateur de Guignol, que le Littré de la Grand'Côte de Nizier de Puitspelu, etc.
Le langage parlé continue sa progression avec la grande guerre, qui diffuse les parlers régionaux. Puis vient le temps du roman et du film noir, qui, souvent par le biais de l'argot, emprunte de son mystèrere à la langue parlée.
Puis vient Céline, et on aurait presque l'impression que tout s'arrête alors, que plus personne n'ose mettre la langue parlée sur papier de peur de faire moins bien. Ceux qui utiliseront désormais la langue parlée seront immanquablement qualifiés de sous Céline.
On pourrait encore compter quelques tentatives cependant : celle de Raymond Queneau par exemple, celle de Beckett qui met en musique le maelström souvent confus qui agite le cerveau de ses personnages, ou encore celle de Pierre Guyotat qui cherche une voie musicale dans l'extrême. On pourrait en compter beaucoup d'autres, tout le monde introduisant du vocabulaire argotique ou parlé dans sa littérature, avec une certaine libération dans le flot littéraire des années 90, mais sans que l'on note pour autant - sauf livres épars - une véritable volonté de chercher une forme pour rendre compte de la langue orale. Au contraire.
Pour ma part, Ferdinand, c'est vraiment une tentative d'écriture du parlé, plus proche je l'espère de Guyotat ou de Rictus que des autres. Les apostrophes, les césures de mots, les répétitions, les originalités ("y'a", "p't'être", "Ma'me"...) forment un code particulier, une volonté d'appropriation de la langue de la part du personnage. Non seulement il faut entrer dans son monde, dans sa tête, mais aussi dans sa langue. Mais comme la langue des "pôvres", celle-ci n'est pas figée, fixée, elle bouge avec le ton, l'humeur. Elle est changeante, multiple, à l'image de ceux qui se l'approprient. Elle est bien sûr résolument lyonnaise, imprégnée d'une histoire.

Les autres Ferdinand 

Liste des Ferdinand référents : Céline bien sûr, mais aussi le facteur compulsif, le fou d'amour et l'autre double. Tout autre Ferdinand (comme celui-ci, ou celui-là par exemple) ne serait qu'une rencontre fortuite et malvenue dans la grande galerie des héros éponymes.

PS : j'oubliais aussi l'influence de celui-ci.

3.7.03

Proposition pour un "manifeste littéraire" de plus 

Contexte - Con-texte - Conteste, manifeste littéraire numéro 731b
Ce manifeste littéraire précède le suivant et suit le précédent. Il a donc toute valeur. Cosigné par personne, il a toutes les chances de servir de modèles à tous.
1. La description physique des êtres et des choses n'est pas du ressort de la littérature, mais du rapport légiste. Le narrateur omniscient est mort. Il n'y a de littérature que contextuée.
2. On n'est pas sérieux quand on est écrivain. Ecrire n'est ni un métier, ni une posture. Un livre n'est pas un produit ni une oeuvre, mais de la pensée accouplée à une langue. Un à-valoir et des droits d'auteurs ne sont pas une prime de salaire. Un écrivain contexte prône le c.c..
3. Le respect de la grammaire et de l'orthographe n'a aucun intérêt en soi. Une langue figée est une langue morte. L'écriture n'est pas un objet sérieux. Un texte "bien écrit" n'est pas un livre mais un rapport.
4. L'écrivain est un lecteur et un musicien avant d'être un producteur de sens. Il écrit avec son oreille, pas avec sa main.
5. Les écrivains contextes se torchent du monde des lettres.

2.7.03

A quoi sert l'envers d'un livre ? 

Pour un auteur, il est rare de pouvoir évoquer les 300 pages qu'on a écrit et les 300 autres qu'on est en train d'écrire. Tout le monde s'en fout comme dirait Ferdinand. Or écrire, ne serait-ce que quelques lignes, habite. On y pense. On y repense. On ressasse. On cogite. On en rêve la nuit, quand on n'en a pas des insomnies. Et au résultat, au final... Rien. Nul espace où parler des questions qui vous ont agité. Nul endroit où exposer. Encore moins où partager. Ce doit être normal, rassurons-nous. Déjà que se taper 300 pages c'est long, alors si en plus faut en lire 300 autres d'explications sur ce que l'auteur a voulu dire, sûr, ça refroidit. L'envers d'un livre n'est donc que l'endroit où l'auteur parle après avoir écrit. CQFD.

24.6.03

L'envers du décor 

Ce blog à pour objet d'être l'envers de l'autre. Un contre-point de vue en quelque sorte. Alors que de l'autre côté du miroir, le narrateur continue de monopoliser la parole, de noircir page après page un perpétuel contre-réquisitoire, de ce côté-ci, j'essayerais plutôt de redonner aux choses leur vérité, pour autant qu'il y en ait une. Car, ce que montre peut-être Ferdinand, c'est qu'il n'y en pas. Ou plutôt qu'il n'y a de vérité que subjective.

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